Métadonnées
- Titre : La formation de la chronique boursière dans la presse quotidienne française (1801-1870) Métamorphoses textuelles d'un journalisme de données
- Auteur : Pierre-Carl Langlais
- Année : 2015
- Établissement : Université Paris-Sorbonne, CELSA, École Doctorale V — Concepts et langages
- Discipline : Sciences de l'information et de la communication
- Pages : 697
Mots-clés
Bourse ; journal ; quotidien ; France ; médias ; humanités numériques ; données ; presse ancienne ; text mining ; agence de presse ; publicité ; télégraphe ; saint-simonisme ; presse économique ; Stock Exchange ; newspaper ; daily ; medias ; digital humanities ; data ; old press ; news agency ; advertisement ; telegraph ; saint-simonism ; financial journalism
Thèse centrale
La thèse démontre que l'émergence du journalisme boursier au XIXe siècle est le résultat d'un processus dialectique d'acceptabilité qui forge simultanément une forme culturelle et transforme les régimes de textualité du journal et de la Bourse (p. 611-612). Cette codification s'articule en trois phases successives : une genèse autorisant l'énoncé, une régulation encadrant sa production, et une systématisation qui fait de la chronique un standard textuel capable de dicter ses propres normes (p. 612). Le processus révèle un complexe de singularisation/généralisation où le discontinu s'insère dans le continu, les actions singulières portant la marque d'aspirations collectives et les structures modelant les individus (p. 613-614). Le résumé précise que ce processus de codification trouve sa date de naissance le 29 janvier 1838 avec la publication de la « Revue de la Bourse de Paris » par Isaac Pereire dans le Journal des débats, aboutissant vingt ans plus tard à un exercice standardisé où chaque grand quotidien généraliste emploie un chroniqueur ou bulletinier se rendant quotidiennement au Palais Brongniart (p. 697).
Questions de recherche
- « comment l'écriture journalistique régulière de la Bourse est-elle devenu acceptable ? » (p. 20)
- « Par quelles étapes successives, les compte-rendu exceptionnels et malaisés de l'activité du Palais Bron-gniart laissent-ils place à un exercice standardisé ? » (p. 21)
- « Comment et pourquoi les rédactions consacrent-elles une partie de leurs ressources à recruter des chroniqueurs spécialisés ? » (p. 21)
- « Et dans quelle mesure les acteurs et les énonciateurs privilégiés de la Bourse (en parti-culier les institutions financières) se sont-elles adaptées à l'irruption de ce discours ? » (p. 21)
- « comment décrire, analyser et conceptualiser un espace communicationnel en mouvement sans le réifier a posteriori ? » (p. 29)
- « comment rendre compte de la mutabilité des catégories et des notions employées dans les textes étudiés, sans aboutir à l’amoncellement de cas particuliers ? » (p. 29)
- « comment prétendre dégager des règles ou des normes préludant à la formulation d'un ensemble de textes, alors même que ces règles sont en cours d'élaboration ? » (p. 29)
Réponses aux questions de recherche
- « comment l'écriture journalistique régulière de la Bourse est-elle devenu acceptable ? » : « Notre réflexion sur l'acceptabilité se déploie à deux niveaux. Au niveau de l'objet étudié, il s'agissait de considérer l'émergence de la chronique boursière en tant qu'échéancement unique ayant fait l'objet d'une acceptation par certains acteurs éditoriaux. Au niveau des méthodologies employées, nous devions nous donner les moyens de cerner le fait d'être accepté, l'acceptabilisation. » (p. 611-612)
- « Par quelles étapes successives, les compte-rendu exceptionnels et malaisés de l'activité du Palais Bron-gniart laissent-ils place à un exercice standardisé ? » (p. 21) : « Les trois parties correspondent aux principales phases d'un processus d'acceptation : la chronique boursière devient envisageable ; elle se matérialise dans la publication journalistique ; elle se mue en modèle standard. » (p. 612)
- « Comment et pourquoi les rédactions consacrent-elles une partie de leurs ressources à recruter des chroniqueurs spécialisés ? » : « Le recrutement des bulletiniers a été partiellement déterminé par les prédilections exprimées par une production écrite et/ou par les considérations normatives accompagnant cette production. Dans une presse encore essentiellement "politique et littéraire", les profils explicitement commerciaux étaient défavorisés au profil d'itinéraires hybrides, articulant une formation aux humanités et des expériences dans le négoce. » (p. 614)
- « Et dans quelle mesure les acteurs et les énonciateurs privilégiés de la Bourse (en parti-culier les institutions financières) se sont-elles adaptées à l'irruption de ce discours ? » : « De 1838 à la fin des années 1860, les chroniqueurs boursiers bénéficient d'une conjoncture privilégiée. Sous l'effet de la codification médiatique des activités financières, les entreprises et les institutions boursières commencent à produire de grandes quantités d'informations indexées. Ces acteurs subissent cette transformation de manière passive : ils ne sont pas encore en mesure de contrôler la mise en circulation du savoir qu'ils produisent. » (p. 617-618)
- « comment décrire, analyser et conceptualiser un espace communicationnel en mouvement sans le réifier a posteriori ? » (p. 29) : « Il a été d'abord question de faire émerger le nœud de tensions sémiotiques, sociales et techniques inhérentes à toute production de conventions d'équivalences. L'élaboration sélective des collections des bibliothèques numérisées et les biais typographiques des logiciels de reconnaissance des caractères entrent typiquement dans le cadre de ce travail de "dépliage" de la donnée. » (p. 626-627)
- « comment rendre compte de la mutabilité des catégories et des notions employées dans les textes étudiés, sans aboutir à l’amoncellement de cas particuliers ? » : « Nous nous sommes ainsi efforcé de remplacer des conceptions héritées par des dénominations "faillibles", en ce sens que nous donnons le mode d'emploi et de fabrique des catégories employées. En parlant de culture textuelle boursière plutôt que de Bourse nous cherchons à désigner plus précisément l'articulation d'un certain réseau d'écriture et d'une certaine configuration sémiotique, technique et sociale. » (p. 629)
- « comment prétendre dégager des règles ou des normes préludant à la formulation d'un ensemble de textes, alors même que ces règles sont en cours d'élaboration ? » (p. 29) : « La réduction n'est pas forcément un inconvénient ou une source d'arbitraire : bien utilisée elle peut avoir une portée heuristique. En travaillant à partir de données textuelles, nous sommes amené à exprimer dans un seul "condensat" différents niveaux de textualité. » (p. 627)
Hypothèses
- Principale : L'introduction de la chronique boursière dans la presse ne se résout pas comme une équation simple, mais nécessite de composer avec des « variables mouvantes, susceptibles de « dislocations éventuelles » » (p. 23) et une « disponibilité au changement » (p. 23) des conditions d'acceptabilité.
- Secondaires :
- La fixation de la forme culturelle s'opère par une « condensation dialogique » (p. 24) qui « construit, en la préjugeant, l’identité de son lectorat » (p. 25).
- La chronique boursière agit comme une « métaphore, en miniature, d'un processus de définition réciproque » (p. 27) où le texte transforme son sujet, son support et se transforme lui-même via une « récursivité » (p. 27).
- L'acceptabilité fonctionne comme un « feuilleté conceptuel » (p. 31) articulant genèse, régulation encadrée et systématisation normative.
- Il n'est pas possible de faire la part des choses entre structurel et singulier : « Le discontinu s'insère dans le continu et, réciproquement, les actions apparemment singulières portent la marque d'aspirations collectives. » (p. 613)
- La programmation et la numérisation ne sont pas neutres : elles matérialisent des « arrangements sociaux, techniques et culturels complexes » (p. 141) et exigent une critique réciproque entre les normes de textualité et les systèmes de gestion de l'information (p. 141).
Méthodologie
- Approche : Mixte qualitative/quantitative, diachronique et généalogique, articulée autour de l'étude des « cultures textuelles » (p. 111) et de la « lecture distante » (distant reading) (p. 112). L'approche privilégie une « distanciation » pour discerner les « motifs structurants, qui règlent la fabrication, la formulation et la circulation d’une production écrite » (p. 112) tout en évitant les biais de la moyenne statistique (p. 115).
- Méthode : Programmation sur-mesure en Python et R (142 scripts Python et 50 scripts R) pour automatiser l'extraction, la correction et l'analyse (p. 118). Développement de l'application
Pyllicapour récupérer les textes depuis Gallica en utilisant des séparateurs textuels et des paramètres temporels (p. 134). Traitement des données via une base PostgreSQL structurée par phrase (p. 127). Correction systématique des erreurs OCR par expressions régulières et normalisation lexicale/syntaxique adaptée au régime énonciatif des chroniques (p. 138-139). Détournement de fonctions algorithmiques préexistantes pour des usages non prévus par leurs concepteurs (p. 117). - Corpus/Données : Trois champs d'observation imbriqués (p. 123) : (1) Corpus principal : 1516 chroniques boursières hebdomadaires du Journal des débats de 1838 à 1870 (p. 126) ; (2) Sondages comparatifs : chroniques de La Presse, Le Siècle, Le Constitutionnel et Le Temps sur les périodes 1851-1852 et 1861-1862 (p. 127) ; (3) Corpus contextuels : données bibliographiques (Bibliographie de la France, Almanach de commerce), tableaux de cotation (1800-1870), compte-rendus de 1829, pages publicitaires, chroniques affermées dans L'Ami de la religion (oct. 1860-janv. 1861), et bases de données biographiques des chroniqueurs (p. 128-129).
- Justification : Nécessité de dépasser les « filtres de lecture » et les régimes de textualité hérités pour saisir les « voies de traverse » et les « lieux d'échange et de formulation privilégiés » (p. 115). La programmation permet d'expliciter et de « textualiser » les pratiques de recherche, transformant le « para-texte » en objet d'analyse et de monstration (p. 119). Le recours aux grands quotidiens « références » permet de cerner les normes éditoriales imposées à la culture textuelle (p. 121). La restitution numérique nécessite une « philologie du numérique » qui corrige les déviations structurelles de l'OCR en s'appuyant sur une connaissance fine des normes stylistiques du corpus (p. 135-136).
Fil rouge
Les « conditions d'acceptabilité » (p. 21) telles que mobilisées par l'auteur à partir de Foucault (p. 21), reliant la genèse des énoncés possibles (p. 31) à la régulation éditoriale (p. 32) puis à la systématisation normative (p. 32) via l'articulation entre savoir, pouvoir et production textuelle dans un champ en mutation, tout en servant de prisme pour analyser la redistribution des savoirs (p. 613), l'élaboration d'un journalisme de données (p. 614) et la fabrique des savoirs économiques/sociologiques (p. 618-620).
Plan (Structure)
- Préambule Méthodologique : Démontre que la saisie sélective des textes anciens nécessite de croiser les notions d'épiphanie et de filtre de lecture pour analyser conjointement les manifestations techniques, sémiotiques et sociales de la visibilité textuelle (p. 31).
- La genèse du journalisme boursier : Démontre que l'émergence du discours boursier dans la presse résulte d'une redistribution des savoirs et d'une reconfiguration de l'économie générale des textes qui rend possible le couple journal-Bourse (p. 31).
- La régulation d'une écriture boursière (1829-1848) : Démontre que la matérialisation d'une expression autorisée repose sur des arbitrages sociaux, techniques et éditoriaux qui structurent les rôles des auteurs, du public et du média tout en nouant des liaisons intertextuelles spécifiques (p. 32).
- La dispersion d'une forme (1850-1870) : Démontre que la stabilisation de la chronique en « standard textuel » (p. 32) impose ses propres normes d'acceptation, cristallise un répertoire de tropes et de motifs récurrents, et détermine les canaux de diffusion hors presse (p. 32).
Cadre théorique
- Cadre principal : Michel Foucault — « conditions d'acceptabilité » / « formations discursives » (p. 21, 613, 635) — Structure l'analyse globale en articulant savoir et pouvoir pour déterminer l'univers des énoncés possibles, la hiérarchie implicite des discours validés, et les « faisceaux de rapports » entre termes énoncés conjointement (p. 635).
- Cadres secondaires :
- Michael Schudson — « forme culturelle » / journalisme comme culture (p. 23) — Permet d'analyser comment la chronique boursière préjuge et construit l'identité de son lectorat tout en normalisant un fragment d'expérience.
- Jean-François Tétu et Maurice Mouillaud — sémiotique de l'événement / « cadre » et « unité culturelle » (p. 24) — Sert à comprendre comment les procédés de fabrique journalistique isolent et transportent l'information boursière via des codes arbitraires.
- James Carey — « rituels communicationnels » (p. 25) — Éclaire la distribution des positions énonciatives (lecteur, auteur, rédaction) et la standardisation des perceptions dans les pages financières.
- Delphine Gardey — métamorphose des régimes de textualité / « ancien régime du classement » (p. 26) — Contextualise la textualisation massive de la finance et le passage à des systèmes bibliographiques de grande ampleur.
- Roland Barthes — « De l'œuvre au texte » / malaise classificatoire (p. 621) — Fournit le cadre épistémologique pour interroger la découpe, la limite et l'unité du texte face à l'informatisation et à l'indexation systématique.
Concepts clés
CONCEPT : CONDITIONS D'ACCEPTABILITÉ SENS : [NON DÉFINI EXPLICITEMENT] Dans ce chapitre, l'auteur ne formule pas de définition autonome de ce terme, mais l'emploie comme prisme foucaldien pour désigner les règles implicites qui déterminent l'univers des énoncés possibles et hiérarchisent les discours validés au sein d'un champ stratégique. ORIGINE : Emprunté à Michel Foucault et mobilisé par l'auteur pour structurer l'analyse de la genèse et de la régulation des énoncés boursiers.
CONCEPT : CULTURE TEXTUELLE SENS : « une extension des travaux de Foucault sur l’ordre des discours : les ordres discursifs s’associent inextricablement à des configurations documentaires, soit des règles et usages régissant le classement et l’identification du texte. » (p. 81) ORIGINE : Propre à l'auteur, qui la définit comme la coexistence et la corrélation entre les ordres discursifs et les ordres documentaires, incarnée dans un nexus de savoir et de pouvoir matérielisé (p. 81-82).
CONCEPT : DONNÉE SENS : [NON DÉFINI EXPLICITEMENT] L'auteur la présente comme un objet emblématique et condensé des cultures textuelles, dont la signification est dictée par un schéma catégoriel (ontologie) et qui résulte d'une série d'arbitrages et de conventions d'équivalence préalables plutôt que d'une simple réalité brute. ORIGINE : Propre à l'auteur, mobilisée comme focale heuristique pour articuler les motifs discursifs, les choix éditoriaux et les modalités de circulation des textes (p. 85-86).
CONCEPT : ÉNONCIATION ÉDITORIALE SENS : « En effet, le texte ne tisse pas uniquement des relations « intertextuelles » avec les autres textes qui constituent l'horizon culturel dans lequel il se meut, au sens où l'entendait Julia Kristeva, il est également le creuset d'une énonciation collective derrière laquelle, à travers des techniques et des situations, s'affirment des fonctions, des corps de métier ainsi que des individus... » (p. 83) ORIGINE : Propre à l'auteur, servant à conceptualiser le texte non comme une production sémiotique isolée, mais comme une production sociale résultant de négociations préalables et d'enjeux de pouvoir visibles dans le corps même de l'objet (p. 83-84).
CONCEPT : DOMAINE PUBLIC SENS : « Nous avons appelé domaine public celui qui appartient à tout citoyen où chacun peut librement puiser et dont toute personne peut user à son gré. » (p. 180-181) ORIGINE : Emprunté à la doctrine juridique sur le droit d'auteur (Renouard) et retravaillé par l'auteur pour désigner un « domaine public actif » cultivé par des publicistes, où les savoirs marchands sont publicisés et rendus accessibles à un public indéfini (p. 182-183).
Ancrage empirique (ou concret)
- Comparaison diachronique de deux journées boursières : l'inauguration du Palais Brongniart le 4 novembre 1826 (couverture exceptionnelle, occultation financière, focus esthétique/politique dans Journal des débats et Constitutionnel) (p. 14-17) contre une séance ordinaire le 4 novembre 1856 (recension standardisée, jargon technique, chroniques en temps réel de Paton, Rousset, Lauvray) (p. 17-20).
- Analyse des pratiques éditoriales accélérées : Lauvray à La Presse compile ses notes en « temps réel » et les remet dès la clôture de la Bourse grâce à la proximité géographique (123 rue Montmartre, à moins de 10 min du Palais) (p. 20).
- Mise en évidence de la performance médiatique : la parution d'une dépêche dans un journal du matin altère directement les stratégies des investisseurs et les cours de la même journée, comme noté par Lauvray (p. 25).
- Exploitation des archives Gallica : traitement OCR et requêtes statistiques sur les quotidiens parisiens (1820-1870) pour mesurer l'évolution des locutions boursières et repérer les ruptures syntaxiques ou sémantiques (p. 30).
- Analyse algorithmique des formules récurrentes et réseaux de mots (word2vec) : identification de « grumeaux » lexicaux isolant le vocabulaire procédural du compte-rendu des termes analytiques dans la chronique saint-simonienne des Débats (fin des années 1830) (p. 615, 635-636).
- Étude des tableaux de cotation personnalisés du Second Empire : indexation automatique des constructions tabulaires (lignes, tableaux, paragraphes) dans les chroniques du Siècle (1852) pour élucider les jeux argumentatifs et l'énonciation éditoriale (p. 637-638).
Opposition / Contre-argumentation
- Courant économétrique / Paul Tetlock : L'auteur oppose son approche à la « domestication » du texte financier qui réduit les productions écrites à des « indices discursifs » et à une « quantité scalaire » manipulée par des modèles de corrélation statistique (p. 12-13). Il souligne que ces études « permettent de constater qu'une influence existe sans que l'on puisse la qualifier » (p. 13-14) et éludent le travail de mise en forme journalistique.
- Approche descriptive / synchronique : L'auteur rejette les études qui restent « implicitement cantonnées dans certaines bornes chronologiques » (p. 14) ou qui naturalisent les médias comme de simples acteurs salutaires du marché sans analyser leur fonctionnement interne (p. 13). Il privilégie une approche diachronique et généalogique.
- Réification a posteriori : L'auteur s'oppose à la tentation de « situer les métamorphoses d'une forme textuelle dans un espace communicationnel stabilisé » (p. 28) ou de classer les pratiques selon des ruptures/évolutions figées, arguant que les textes étudiés « génèrent les normes qu’ils s’astreignent (ou non) à appliquer » (p. 29).
- Catégories héritées / Informatisation naïve : L'auteur nuance l'usage des outils computationnels qui tendent à substituer aux catégories usuelles des désignations opérationnelles purement techniques (mot graphique, lemme, arbre syntaxique), créant un effet d'inertie et une synecdoque particularisante (p. 639). Il insiste sur la nécessité de déconstruire les données textuelles et de reconnaître le déficit de distance critique face aux outillages indistincts (p. 625-626).
Apport principal
- Théorique : Formalisation du concept de « conditions d'acceptabilité » appliqué à la textualité financière, démontrant que la chronique boursière n'est pas un reflet passif du marché mais un « feuilleté conceptuel » (p. 31) qui co-construit les régimes de textualité du journal et de la finance, tout en introduisant la notion de « culture textuelle » (p. 629) pour penser l'articulation réseau d'écriture/configuration socio-technique.
- Méthodologique : Articulation inédite entre l'analyse qualitative de la « tectonique des textes » (p. 28) et le traitement numérique (OCR, bases structurées, word2vec, scripts Python/R) des archives de presse ancienne, permettant de « réintégrer de la discontinuité dans le cadre d'une observation générale des formes écrites » (p. 31) sans réifier un espace communicationnel en mouvement, et en proposant une « grammaire des délégations poétiques » (p. 630) pour documenter les pratiques algorithmiques.
- Critique : Remise en cause de la « domestication » économétrique du texte financier (Tetlock) (p. 12-13) et de la conception désincarnée du marché, en réhabilitant la matérialité, les procédures éditoriales et la performativité propre aux écritures boursières du XIXe siècle, tout en alertant sur les biais de l'indexation systématique et la tentation d'une doxa informatisée (p. 639-640).